Narcisse, un prénom révolutionnaire

Mon grand-père né en 1879 porte pour 1er prénom celui de Narcisse, prénom peu courant et un peu difficile à porter.

Adulte, travaillant dans les grandes maisons de couture parisiennes il jugera plus facile de se faire appeler par son deuxième prénom : Clément

 

Narcisse, pourquoi pas ?

J’ai alors pensé au calendrier républicain.

J’ai regardé les prénoms des générations précédentes, je n’ai pas trouvé en la période révolutionnaire de prénoms particuliers, mais je me suis cependant lancée dans une petite étude sur cette période et les prénoms de cette époque.

 

Aujourd’hui rien ne nous étonnerait cependant certains prénoms du XXIème siècle nous surprennent souvent.

 

Alors faisons un retour dans les années 1793-1794

Simon, Liberté ou la mort
Louis, François, Fédéré

La révolution : le choix d’un prénom

 

Au début de la Révolution, les prénoms le plus fréquents sont :

  • pour 70% des garçons : Jean, Pierre, François, Louis, Joseph, Antoine, Jacques, Charles, Étienne, Guillaume, André .
  • pour 70% des filles : Marie, Jeanne, Anne, Françoise, Catherine, Marguerite, Louise, Madeleine, Élisabeth.

 Mais avec l’adoption du calendrier révolutionnaire, plus de prénoms chrétiens, ils sont remplacés par les « objets qui composent la véritable richesse nationale »

 

 On voit alors apparaître des prénoms de héros de l’Antiquité, de la Révolution ou même tirés du nouveau calendrier républicain.

Dès 1793, arriveront, des Brutus, des Lucrèce, mais aussi des Achille, César, Caton, ou des Rousseau, Voltaire, Marat, … ainsi que des Patriote, Républicain, Fructidor ou Cerise.

 

Cette mode fut cependant éphémère.

Le calendrier républicain

Le 20 septembre 1793, le citoyen Romme, député du Puy-de-Dôme et mathématicien, présentait, à la Convention Nationale, le travail du Comité d’Instruction Publique concernant les changements à apporter au calendrier.

Le 5 octobre 1793, sur les bases de ce rapport, la Convention abolissait, pour les usages civils, l’ère vulgaire du calendrier grégorien et établissait l’ère des Français.

Lors de la séance de la Convention, le 6 octobre 1793, au nom du Comité d’Instruction publique, Fabre d’ Églantine, présente un rapport sur la dénomination des jours et des mois.

Le 4 frimaire de l’an II (24 novembre 1793), la Convention adopte les propositions de Fabre d’Eglantine.

Le décret du 4 frimaire an II reprenait les huit premiers articles de celui du 5 octobre.

Il précisait dans son article 9 :

Le 25 frimaire an II (15 décembre 1793), la Convention adoptait une  » instruction sur l’ère de la République et sur la division de l’année « .

 La nouvelle mesure du temps  » doit porter à la fois et l’empreinte des lumières de la nation et le caractère de notre Révolution, par son exactitude, sa simplicité, et par son dégagement de toute opinion qui ne serait point avouée par la raison et la philosophie ».

Le 7 fructidor an III (24 août 1794), par décret, la Convention ordonne que les derniers jours de l’année républicaine portent le nom de « jours complémentaires », au lieu de celui de « sans-culottides « .

Le 14 germinal anVI (3 avril 1798), par décret, le Directoire conçut l’application du nouveau calendrier comme une mesure de défense républicaine.

Ce décret oblige les administrations municipales à régler leurs séances et les juges de paix leurs audiences sur la décade ; les municipalités devaient en tenir compte pour fixer les jours de foires et de marchés.

La loi du 17 thermidor an VI (4 août 1798) prescrit de coordonner les jours de repos avec le calendrier républicain.

Le calendrier républicain demeurera officiellement en usage jusqu’au début de l’empire.

Le senatus-consulte du 22 fructidor an XIII (9 septembre 1805) remit en usage le calendrier grégorien à dater du 11 nivôse suivant, c’est-à-dire du 1er janvier 1806.

Fabre d'Eglantine

Né à Limoux, dans les Corbières, le 28 août 1755, et baptisé sous le nom de François Fabre, il ajoute «d’Églantine» à son nom en souvenir d’une églantine d’argent qu’il aurait remportée dans sa jeunesse à l’occasion d’un concours de poésie organisé par l’Académie des « Jeux Floraux » de Toulouse.

Joli garçon mais paresseux, instable et vaniteux, il acquiert un petit succès avec l’immortel «tube» : «Il pleut, il pleut, bergère…».

Sous la Révolution, il se lie avec Danton et Marat.

Par ses écrits incendiaires, il porte une responsabilité dans le déclenchement des massacres des 2 et 3 septembre 1792.

Député à la Convention, il assure le secrétariat de Danton au ministère de la Justice.

 Participant à l’entreprise de déchristianisation, c’est dans ce cadre qu’il compose le calendrier des Français.

D’une vénalité extrême, il ne tarde pas à être attaqué par Robespierre qui va se servir de lui pour faire tomber Danton.

Il est guillotiné avec celui-ci et Camille Desmoulins le 5 avril 1794.

Ces prénoms apparaissent à la fin de 1793, se développent en 1794 et atteignent leur apogée en septembre, puis diminuent ensuite.

En 1795, avec la fin de la « Terreur », ils ne sont pratiquement plus donnés, les prénoms classiques reviennent.

Au début de l’Empire seuls quelques prénoms comme Julien ou Rose présents dans le calendrier de Fabre d’Églantine résisteront  étant également dans les noms de Saints.

Développement géographique

 La population largement analphabète ne choisira pratiquement pas ces prénoms républicains.

Ils n’ont quasiment jamais été donnés dans les villages (souvent moins de 2%).

C’est surtout en ville qu’on les trouve et notamment dans les lieux où la terreur et la répression républicaine étaient les plus fortes.

Certains employés d’état civil refusaient tous les prénoms chrétiens.

A Nantes, 30% des prénoms donnés sont des prénoms républicains.

Mais il faut remarquer que le prénom républicain se trouve en deuxième ou troisième position.

Pierre Zéphirin de la Montagne ;

Désirée Rosalie Thérèse Dix-Thermidor ou encore

Mathieu Augustin La Liberté.

 Souvent, les premiers enfants à recevoir ces prénoms étaient des enfants trouvés, abandonnés à l’hospice dans chaque département.

Maintenant, lequel de ces prénoms révolutionnaires choisiriez vous ?

Amaranthe, Anarchasis

Balzamine, Bélisaire

Cèdre, Cerise, César, Clélie, Constitution

Egalité

Fleurdelis, Floréal, Fructidor

Gemmapes

Jasmin

La Paix, Lavigne, Liberté, Lunéville

Marat, Messidor, Montagnard

Narcisse

Patriophile

Régulus, Rousseau

Socrate

Victoire

Xénophon

Ou encore :

Dans l’Histoire, l’antiquité romaine ou grecque :

Pompée, Scipion l’Africain, Marc Aurèle, Virgile, Adonis, Vulcain, Achille, Brutus

Dans les personnages :

Fénelon, Washington, Copernic, Barras, Robespierre, Caton

Dans les martyrs de la liberté :

Bara, Pelletier.

Dans les concepts civiques :

Liberté Chérie, Unité, Courageux, Espérance, Eternel, Libre, La raison, Fédéré, Floriphile, Fidélité

Toujours pas choisi ?

Dans la nature vous trouverez peut-être votre bonheur.

Aubergine, Safran, Cumin, Piment, Corbeille d’Or, Luzerne, Oignon, Raifort, Salpêtre, Thuya, Etoile et Soleil.

Les sources : – Wikipédia, – Jolisprenoms.fr, – Universalis.fr