Louis Mandrin

Les origines de Louis Mandrin

Il est né le 11 février 1725 à Saint-Etienne de Saint Geoirs dans l’Isère, fils de François-Antoine Mandrin

Il est issu d’une famille établie, autrefois riche mais sur le déclin.

Louis est l’ainé d’une fratrie de 9 enfants.

A 17 ans il devient orphelin.

 

C’est un bel homme, blond, bien fait de corps, robuste et agile. A ces qualités physiques il joint un esprit vif et prompt.

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La Ferme générale

Aux XVème et au XVIème siècle le recouvrement des impôts dépasse les capacités des officiers royaux.

Mise en place d’un affermage, c’est-à-dire qu’un fermier est chargé de collecter un certain montant qu’il doit reverser à la couronne, libre à lui de définir les sommes dues par les contribuables

Ce système va subir plusieurs évolutions jusqu’à la Révolution : nombre de fermes (regroupées par région ou non). C’est Colbert qui regroupe les « Fermiers » dans un Ferme générale ; elle prendra sa forme définitive sous Louis XV d’association de 40 fermiers.

Le personnel a pu être de 25 000 personnes divisé en 2 branches d’activité : les « bureaux » vérifient, liquident et perçoivent et les  « brigades » qui préviennent, recherchent et répriment la contrebande. Les employés de la Ferme ne sont pas fonctionnaires mais agissent au nom du roi et de ce fait bénéficient des privilèges et de la protection du Roi.

La principale taxe collectée était la « gabelle », impôt sur le sel. Cette marchandise avait une importance considérable dans la vie quotidienne car elle permettait de conserver la viande.

Parmi les autres marchandises concernées on trouve le tabac et sous Louis XIV les « indiennes », cotonnades bon marché imprimées dont l’importation et la fabrication avaient été interdite en France pour protéger les industries textiles traditionnelles : soie, laine, lin et la balance commerciale.

Les « Fermiers généraux », de par la rapacité de leurs agents, la dureté dont ils usaient envers les contribuables les faisaient exécrer par la population.                                      

Maison de famille à St-Etienne de STGeoirs
le Château de Rochefort
La ferme générale

La complainte de Mandrin

« Nous étions vingt ou trente,
Brigands dans une bande,
Tous habillés de blanc,
À la mode des…
Vous m’entendez ?
Tous habillés de blanc
À la mode des marchands.

La première volerie
Que je fis dans ma vie
C’est d’avoir goupillé,
La bourse d’un…
Vous m’entendez ?
C’est d’avoir goupillé
La bourse d’un curé.

J’entrai dedans sa chambre
Mon Dieu, qu’elle était grande !
J’y trouvai mille écus,
Je mis la main…
Vous m’entendez ?
J’y trouvai mille écus,
Je mis la main dessus.

J’entrai dedans une autre,
Mon Dieu, qu’elle était haute !
De robes et de manteaux
J’en chargeai trois…
Vous m’entendez ?
De robes et de manteaux,
J’en chargeai trois chariots.

Je les portai pour vendre
À la foire en Hollande.
J’ les vendis bon marché,
Ils n’ m’avaient rien…
Vous m’entendez ?
J’ les vendis bon marché,
Ils n’ m’avaient rien coûté.

Ces Messieurs de Grenoble
Avec leurs longues robes,
Et leurs bonnets carrés,
M’eurent bientôt…
Vous m’entendez ?
Et leurs bonnets carrés
M’eurent bientôt jugé.

Ils m’ont jugé à pendre,
Ah ! c’est dur à entendre !
À pendre et étrangler,
Sur la place du…
Vous m’entendez ?
À pendre et étrangler,
Sur la place du Marché.

Monté sur la potence
Je regardai la France,
J’y vis mes compagnons,
À l’ombre d’un…
Vous m’entendez ?
J’y vis mes compagnons,
À l’ombre d’un buisson.

Compagnons de misère,
Allez dire à ma mère,
Qu’elle ne me reverra plus,
Je suis un enfant…
Vous m’entendez ?
Qu’elle ne me reverra plus,
Je suis un enfant perdu

L'arme de Mandrin
un braquage
L'arrestation de Louis Mandrin

Les Campagnes et l’arrestation

Après une expédition de ravitaillement de l’armée d’Italie qui avait mal tournée, il y a perdu près de 80 mules sans indemnisation, Mandrin se lance dans la fabrication de fausse monnaie et la contrebande et il ne serait peut-être pas devenu le « Bandit au grand cœur » qui finit sur la roue et la bête noire de la Ferme générale.

Il commencera par intégrer un groupe de contrebandiers se livrant au commerce illicite du tabac et des indiennes entre les cantons suisses, Genève, et les états de Savoie alors souverains et la France où il a ses dépôts d’armes et de marchandises, et la France, et bénéficiant à l’époque d’une certaine indulgence du roi de Sardaigne Charles-Emmanuel III dont les duchés de Savoie dépendaient.

Il va vite devenir le chef de cette troupe constituée pour beaucoup de prisonniers, ni voleurs ni assassins, qu’il libère sous l’œil de leurs geôliers stupéfaits. En 1754 il organise 6 campagnes de contrebande en investissant par surprise des villes telles que Rodez, le Puy en Velay, Beaune, Autun…Il provoque les fermiers généraux en obligeant leurs employés, sous la menace, à acheter ses marchandises. Ne s’attaquant qu’aux fermiers généraux, très impopulaires, il reçoit rapidement le soutien de la population, d’une partie e l’aristocratie locale et gagne l’admiration de Voltaire lui-même.

Il devenait évident pour la Ferme générale qu’une telle situation ne pouvait durer. Elle demande et obtient le concours de l’armée pour l’arrêter. Des troupes légères et mobiles, fusillers et chasseurs, viennent en renfort des volontaires du Dauphiné en place. Mais Mandrin se réfugie dans la Savoie toute proche, les fermiers généraux décident de pénétrer en Savoie en déguisant leurs soldats en paysans et grâce à la trahison de 2 des siens il va être arrêté avec son compagnon Saint-Pierre. Ils sont ramenés en France. Le roi de Sardaigne n’apprécie pas du tout cette incursion sur son territoire d’autant que les soldats français ont mis à sac le château où s’était réfugié Mandrin, la cave riche en bouteilles en particuliers d’où les péripéties du procès.

la grotte de Mandrin
Mandrin prisonnier
Le supplice de la roue

Le Jugement et l’Exécution

L’arrestation de Mandrin en Savoie dans des circonstances mouvementées (soldats français déguisés en paysans savoyards), état sous la coupe du roi de Sardaigne Charles-Emmanuel III, a posé un problème diplomatique.

En effet lorsque le roi de Sardaigne apprend que Mandrin a été ramené en France, il exige auprès de Louis XV qu’il lui soit remis pour être jugé.

Louis XV délègue une humiliante ambassade extraordinaire conduite par le comte de Noailles chargée de faire des excuses pour le rapt de Mandrin. Alors que la volonté royale est de faire profil bas, l’ambassadeur est reçu avec faste à Chambéry, Suze puis Turin, Charles-Emmanuel voulant en tirer un maximum d’éclat.

Cette démarche n’était pas dénuée d’intention politique car la France craignait que la Sardaigne rejoigne l’Angleterre à une période tendue qui aboutira quelques années plus tard à la guerre de 7 ans.

Finalement la France accepte que Mandrin soit livré à la Savoie mais la Ferme générale, qui veut en finir avec lui, précipite le procès où il est condamné à être roué vif et exécuté le 26 mai 1755.

Attaché à une croix il a eu les membres brisés avec une barre de fer puis a été placé sur une roue de carrosse. L’évêque de Valence estimant qu’il avait fait preuve de repentir demanda au bourreau de mettre fin à ses souffrances en l’étranglant après 8 minutes d’exposition sur la roue. Son complice sera pendu le lendemain.

Les français de sa troupe seront remis à la Commission de Valence, les Savoyards seront soit pendus soit envoyés aux galère à Villefranche.