Les enfants abandonnés au XVIIIème siècle

C’est en effectuant des recherches sur l’une des branches de notre famille, les CLERGÉ, que j’ai découvert le tout premier maillon : Nicolas Louis CLERGÉ, né d’un père inconnu et de Margueritte CLERGET, considéré comme « enfant abandonné ».

 

Sur le site des Archives numérisées de Paris puis du répertoire d’administration des enfants assistés de la Seine (1742-1911) puis sous le nom de CLERGET, enfants trouvés 1780, j’ai retrouvé deux documents concernant notre ancêtre sous le n° 5112 (p.29 D2HET23) que j’ai pu ensuite

Voici l’acte de baptême de Nicolas Louis CLERGÉ (ou CLERGET)

« Extrait Baptisfaire de la Paroisse de Sainte Marie-Madeleine de la Ville l’Evêque, à Paris, pour les Recommandaresses.

L’AN mil sept cent quatre vingt, le 3 du mois de décembre, a été baptisé Nicolas Louis né de ce jour, Fils d’un père inconnu et de Margueritte Clerget demeurant rue des champs élisés en cette paroisse.

Collationné à l’original et certifié véritable par Nous soussigné, Prêtre, Licencié ès Lois de la faculté de Paris et premier Vicaire de ladite paroisse. A Paris, les jours et an que dessus ».

Eglise de Sainte Marie-Madeleine de la Ville l’Evêque

J’ai également pu retrouver l’acte d’abandon ci-dessous :

 

« De l’Ordonnance de Nous Jean Baptiste Dorival, Conseiller du Roi, Commissaire-Enquêteur, Examinateur au Châtelet de Paris, Ancien Préposé pour la Police au quartier de la Cité, a été porté à la Couche des Enfants trouvés de cette ville pour y être nourri et élevé en la manière accoutumée, un enfant male paraissant nouvellement né qui nous a été apporté de la rue du fg St Honoré par la dame LeRoi nelle sage femme, vêtu de ses langue dans lesquels est un extrait ci-joint tiré du registre de la paroisse de Sainte Marie-Madeleine de la Ville l’Evêque, portant que l’enfant né d’hier, fils d’un père inconnu et de Margueritte Clerget, a été baptisé ledit jour (…), lequel Enfant a été laissé à ladite Dame LeRoi qui s’en est chargé à l’effet de ce que dessus et délivré en notre hôtel,ce quatre décembre mil sept cent quatre vingt à huit heures du soir –signature de M. Dorival ».

J’ai éprouvé le désir d’en connaître plus sur le statut de l’enfant abandonné à cette époque. Après avoir lu moult écrits sur eux et le peu de chance de survie aux conditions qui leur étaient offertes, je me suis dit que ce petit Nicolas Louis devait être un beau bébé et que sa Maman avait dû pouvoir se nourrir convenablement tout le temps de sa grossesse.

Monsieur C. Delaselle précise dans « Les Domaines de l’Histoire – les enfants abandonnés de Paris au XIIIème siècle » que « … s’ils sont baptisés, il y a de fortes chances pour qu’il s’agisse en majorité d’enfants que leurs parents ‘aimants’ n’ont abandonné qu’à contre-cœur sous ‘l’emprise de la nécessité’ (…) nous aurons donc déjà affaire à un lot ‘trié’, situé socialement et non à un ‘tout venant’ hétéroclite ».

Après l’accouchement -effectué dans le cas de Nicolas Louis par une sage-femme- et après avoir été baptisé, la mère a confié l’enfant nouveau né à ladite sage-femme pour qu’elle le porte dans un lieu -dénommé « la Couche des enfants trouvés »- situé dans un hôpital.

 

Dès son arrivée à la Maison de la Couche, Nicolas Louis a subi un examen du médecin, essentiellement pour détecter une maladie contagieuse, et ce afin de pouvoir le confier à une nourrice recrutée et présente sur place chargée de le nourrir. Puis, après quelques jours de présence, Nicolas Louis a été confié à un meneur ou, dans le meilleur des cas, à celle qui deviendrait sa nourrice et à un meneur. Il a ensuite voyagé entre Paris et Bus-les-Artois dans la Somme pour y être recueilli (je l’ai lu mais n’ai pas retrouvé le document) le 10 décembre 1780 par ses parents nourriciers, Joseph DELAPORTE et Geneviève DUFOURT. La distance sur les routes actuelles est de 171 kilomètres.

Il convient maintenant de continuer ce récit en plusieurs étapes :

  • l’abandon,
  • le Meneur,
  • les parents nourriciers,
  • la famille créée par Nicolas Louis CLERGÉ et sa femme, Marie Rose Amélie REVEILLON.
  • leurs descendants.

L’ABANDON

Monsieur C. DELASELLE, dont il a déjà été question ci-dessus, nous précise que « … tous les enfants nés et abandonnés à Paris, soient issus de mères véritablement parisiennes (…) Paris offrant un refuse assez sûr contre le scandale et la réprobation, un certain nombre de provinciales et même d’étrangères vient à Paris spécialement pour y accoucher et y abandonner leur enfant ».

Il ajoute plus loin : « Le poids de la société, les préjugés contre les filles-mères l’infamie qui s’attache à elles, sont des facteurs d’abandons aussi puissants. (…) La Révolution prouvera que l’abandon d’enfants illégitimes n’est pas toujours volontaire, mais forcé : lorsque les préjugés envers les filles-mères et les bâtards auront fait place à une compréhension et une tolérance très large, de nombreuses filles-mères n’hésiteront pas à garder, à nourrir et à élever elles-mêmes leurs enfants. Misère, honte, pression morale de la société se trouvent ainsi la plupart du temps inextricablement mêlées à la ‘dépravation’ ».

Comme nous l’avons vu à la lecture de l’acte d’abandon, Nicolas Louis a été emmené par la sage-femme à la Couche des enfants trouvés pour y être abandonné. C’était une autre chance pour lui.

En effet, il aurait pu être abandonné sous un porche ou le portail d’une église et y rester suffisamment longtemps pour prendre froid en ce mois de décembre 1780.

 

En 1638, Saint Vincent de Paul avec Louise de Marillac et ses sœurs de la Charité fondent « l’Œuvre des Enfants trouvés de Paris » qui deviendra la Maison de la Couche. Saint François de Paul fait aménager le premier tour d’abandon (ou boîte à bébé) en 1638 à Paris.

En 1670, l’Œuvre des Enfants trouvés de Paris est officialisé par un Edit royal (Louis XIV) qui « unit » l’Hôpital des Enfants trouvés à l’Hôpital général.

En 1811, le système des tours d’abandon est rétabli au mur des hospices (130 000 enfants abandonnés en 1833).

Même si les chiffres ne reposent que sur les enfants abandonnés ayant survécu, la Maison de la Couche à Paris a recueilli entre 1640 et 1781 près de 390 000 enfants avec une amplitude allant de 300 entrées annuels vers 1650 à 51 500 en 1780 (Le Peuple français – Jean Sandrin), qu’il s’agisse d’enfants nés à Paris ou provenant de Province permettant ainsi d’affirmer que le phénomène de l’abandon était très fréquent également en Province (C. Delasselle).

Graphique tiré du livre de Monsieur C. Delasselle « Les enfants abandonnés à Paris au XVIIIème siècle ».

La misère semble être la grande cause des abandons d’enfants. Le fait est indéniable au regard des registres d’admission à la Maison de la Couche ou des Hôtel-Dieu de Province. Ils montrent un parallèle entre les abandons d’enfants et les grandes crises de subsistance ou les épidémies ou encore les guerres.

Courbe A : enfants admis à la Couche Courbe B : prix du blé en France (tiré de Labrousse-Esquisse)

Mais il en est aussi de la petite bourgeoisie qui use de l’abandon pour passer un cap financier difficile : « Le père et la mère de cet enfant prient instamment d’en avoir grand soin ; il est de naissance et de bonne famille, il a 15 jours, est baptisé et s’appelle Jean, il a tété. Dans 6 mois au plus, on ira le chercher et l’on paiera tout ce que l’on pourra exiger ».

 

Dans son analyse, Monsieur C. Delasselle en conclut également que : « l’abandon n’est pas le fait seulement des classes sociales les plus défavorisée (…) mais il concerne tous les groupes sociaux existant à Paris ».

 

L’enfant abandonné, quel qu’en soit le motif, est remis par ses parents à la charité publique. Il y a eu au fil des siècles la mise en place d’un système d’assistance par le biais des Seigneurs haut-justiciers tenus en principe de prendre en charge l’entretien des enfants trouvés ou abandonnés ou de communauté villageoise comme en Bretagne, en Flandre ou en Artois.

 

Ce n’est qu’à partir de la fin du 14ème siècle que les hôpitaux commencent à admettre les enfants abandonnés. Toutefois, devant le nombre grandissant d’admission corrélativement au manque de ressources et de personnel vers 1536, on utilise des narcotiques pour que les pensionnaires se tiennent tranquilles. Jean Sandrin, déjà cité, évoque « le recours au sirop de pavot pour les faire dormir ». Enfin, pour subvenir à leur besoin, on les loue à des bateleurs ou à des mendiants moyennant 20 sols par jour.

Vers 1674, un édit du Roi a rattaché la Maison de la Couche de Paris à l’Hôpital général de sorte que l’hôpital des Enfants trouvés de Paris acquiert une telle réputation qu’on lui envoie des enfants abandonnés de fort loin. En 1779, un arrêt du Roi interdit le transport des enfants trouvés vers Paris sous peine d’amende de 1 000 livres, et ce d’autant plus qu’ont été nombreux les enfants abandonnés mourant en route qu’il s’agisse d’ailleurs du transport de Province vers Paris ou de Paris vers une nourrice provinciale.

 

Ainsi, Louis-Sébastien MERCIER décrit le transporteur comme « un homme qui apporte sur son dos les enfants nouveaux nés, dans une boîte matelassée qui peut en contenir trois. Ils sont debout dans leur maillot, respirant l’air par en haut. L’homme ne s’arrête que pour prendre ses repas et leur faire sucer un peu de lai. Quand il ouvre sa boîte, il en trouve souvent un de mort, il achève le voyage avec les deux autres, impatient de se débarrasser de ce dépôt. Quand il l’a déposé à l’hôpital, il repart sur le champ pour recommencer le même emploi qui est son gagne pain ».

 

Louis-Sébastien Mercier est également cité par Monsieur Delasselle.

 

Même si l’enfant se sort bien de ce premier voyage Province-Paris, l’hécatombe est vertigineuse. Ainsi, la Maison de la Couche, bien tenue, voit en 1670, mourir avant leur mise en nourrice 118 enfants sur les 423 qui y avaient été amenés ;

en 1758, ils sont 1 470 sur 5 012

et en 1775, 853 sur 1775.

 

C’est vers l’âge de 7 ans que les enfants sont ramenés à l’hôpital où ils ont été immatriculés. Au fil du temps, ce retour non seulement posait de graves problèmes d’intendance mais était source d’une nouvelle crise de mortalité de sorte qu’il fut supprimé le 7 janvier 1761.

LE MENEUR

Si l’enfant passe le cap de l’abandon et du séjour à l’hôpital, il est mis en nourrice généralement à la campagne. Pour recruter les nourrices, les hôpitaux ont recours à l’intermédiaire de « meneurs ». Ce système restera en vigueur jusqu’en 1821.

Des règlements assez stricts veillent à la moralité et à l’honorabilité des personnes qui postulent. Les meneurs doivent verser une caution généralement du quart de la somme qu’ils ont à convoyer jusqu’aux nourrices. Ils doivent déclarer leurs biens et hypothèques éventuels devant notaire. Le curé de leur paroisse doit fournir un certificat de bonne conduite qui est légalisé par un juge royal (« Les abandons d’enfants sous l’Ancien Régime – XVIIème et XVIIIème siècles» – Le peuple Français – Jean Sandrin).

 

Ils assurent le lien entre l’institution parisienne et les nourrices rurales. Fonction complexe qui revêt de nombreux aspects : recrutement, surveillance, paiement des pensions et surtout transport des enfants entre Paris et la province.

 

Selon les règlements, les nourrices accompagnent les meneurs mais ces femmes de la campagne étant peu enclines à voyager, on peut penser que le meneur est souvent seul et se charge d’enfants à la commission.

 

Le meneur, dans la plupart des cas, transporte les bébés dans une hotte et fait le chemin à pied. En 1751, à raison de 40 à 50 km par jour, il atteint les villages les plus éloignés de la capitale en 3 ou 4 jours. Dans le cas qui nous préoccupe, la distance étant de 170 km, on peut penser que le meneur de Nicolas Louis CLERGÉ a mis plus de trois jours pour arriver à Bus-les-Artois dans la Somme.

 

Le meneur reçoit un sol par livre sur chaque mensualité de nourrice résidant dans son district et il garde, au XVIIIème siècle, cinq livres sur les six du premier mois lorsqu’il apporte des enfants à la commission. La livre est l’unité monétaire de l’époque, divisée en 20 sols eux–mêmes divisés en 12 deniers. A titre d’exemple, au 18ème siècle, le demi kilo de pain vari de 1 à 3 sous et le salaire d’un maçon d’une livre.

 

Cependant, quelles que soient les saisons et les conditions de transport, il faut ajouter le problème de l’alimentation des enfants pendant ce voyage. Le meneur avait recourt à des chiffons imbibés de lait ou d’eau. Si les enfants survivaient à ce transport périlleux, ils mourraient en masse, dans les jours ou les semaines qui suivaient leur arrivée chez la nourrice des séquelles de leur malnutrition en cours de route.

 

Le retour ayant été supprimé, les enfants lorsqu’ils auront atteint l’âge de 6 ans, seront confiés aux bourgeois, laboureurs, marchands ou artisans qui les demanderont pour les élever jusqu’à l’âge de 25 ans et ceci afin de les laisser dans les lieux où ils ont été élevés dès leur abandon.

LES PARENTS NOURRICIERS

Si seule la nourrice est évoquée dans les écrits que j’ai lus, dans le cas de Nicolas Louis CLERGÉ je préfère parler tant de la nourrice que de son mari. D’une part, les parents nourriciers de Nicolas Louis figurent tous les deux sur son acte de mariage et j’ai pu observer que, paradoxalement, lorsque l’enfant décède après avoir été remis à sa nourrice, ce n’est que le père nourricier qui figure sur l’acte de décès dans la plupart des cas.

 

Les parents nourriciers de mon ancêtre sont Joseph DELAPORTE et Geneviève DUFOUR. Le père nourricier est né vers 1741 à Bus-les-Artois (80), fils de Jean DELAPORTE [1709//1792] et de Catherine GOURLAND [1720//1769]. Geneviève serait née en 1736 et décédé le 22/01/1802. Ils se sont mariés le 16/02/1768 à Bus-les-Artois (80) (p.234/251 – doc. de 1596 à 1770).

 

Ensembles, ils ont eu un fils, Jean-François DELAPORTE né le 23/03/1769 à Bus-les-Artois (80) et décédé 6 jours après, le 28/03/1769 à Bus-lès-Artois ; j’ai également trouvé la trace d’un autre enfant né et décédé immédiatement le 07/12/1770 présenté comme « petit enfant » sans précisé le sexe ni le prénom choisi, dans le même esprit qu’un enfant mort-né.

Il est important de rappeler que le couple Joseph DELAPORTE et Geneviève DUFOUT s’est marié en 1768, de sorte qu’en 1780 –en admettant que Geneviève était âgée de 20 ans à son mariage- n’ait plus loin des 40 ans lors de l’accueil du petit Nicolas.

Par contre, les registres n’étant pas complets, je n’ai pas pu trouver d’enfant qui serait né un peu avant l’arrivée de Nicolas Louis CLERGÉ en décembre 1780 qui aurait justifié la fonction de « nourrice » de Geneviève DUFOUR, et ce d’autant plus que le couple a recueilli :

– Jean François Joseph JAUMAIN, âgé de 13 mois, enfant trouvé de Paris, décédé le 27/03/1773 âgé de 13 mois, inhumé en en présence de  Jean Baptiste DESSEIN, Clerc laïc, et de Joseph DELAPORTE, père nourricier ;

– Antoinette Félicité DEGARDIN, âgée de 19 mois, enfant trouvée de Paris, décédée le 29/05/1773 à Bus-les-Artois, inhumée en présence de Jean Baptiste DESSEIN, Clerc laïc, et de Joseph DELAPORTE, père nourricier.

– une petite Jeanne Philippe LEVECQUE (?), âgée de 2,5 mois, enfant trouvée de Paris, décédée le 30/11/1781 à Bus-les-Artois, inhumée en présence de  Jean Baptiste DESSEIN, Clerc laïc, et de Joseph DELAPORTE, père nourricier (p. 77) ;

 

La seule chose dont je puis être sûre est que Nicolas Louis a survécu au sein du couple DELAPORTE/DUFOUR puisqu’ils sont nommés dans son acte de mariage de Nicolas Louis avec Rose REVEILLON.

Malgré tout et pour notre famille, voici ce que j’ai pu glaner au sujet des nourrices :

Jean Sandrin précise -Le Peuple Français- que « d’une manière générale, les nourrices sont recrutées dans les campagnes environnantes (…) pour réduire le voyage. (…) N’est pas nourrice qui veut. Les hôpitaux s’entourent de garanties. L’Hôpital des Enfants Trouvés de Paris exige de ses nourrices qu’elles se présentent à la Maison de la Couche munies d’un certificat du curé ou, à défaut, des syndics de la communauté villageoise et de deux principaux habitants du village, et reconnu valable par le meneur du secteur ».

 

Comme le spécifie le répertoire de jurisprudence de Guyot « la bonne constitution de son corps est une chose essentielle. Il faut nécessairement qu’elle soit saine, d’une santé ferme et d’un bon tempérament, ni trop grasse, ni trop maigre ; ses mamelles doivent être entières, sans cicatrices, médiocrement fermes et charnues, assez amples pour contenir une quantité suffisante de lai, sans être néanmoins grosse avec excès. (….) »

C’est qu’être nourrice rapporte. Peu il est vrai mais c’était souvent un agréable complément de ressources. Vers 1750, une nourrice de Rouen touchait 4 livres la première année puis 3 livres ensuite. Dans le Languedoc, il lui était versé mensuellement 5 à 6 livres. A Nantes, 2 livres et à Reims, 8 livres.

 

Dans le cas où c’est la nourrice qui est venue chercher l’enfant, elle reçoit une feuille imprimée « la bulle » où sont inscrits les renseignements sur l’enfant, les sommes qui lui sont allouées pour son travail ainsi que le trousseau règlementaire. Ladite bulle doit être visée par le curé du village où réside la nourrice dans les 8 jours de l’arrivée de l’enfant. Sinon, c’est le meneur qui se charge de tous ces documents ainsi que du renouvellement des vêtements destinés à l’enfant.

 

Parvenu à la campagne, l’enfant n’est pas certain d’y survivre. A titre d’exemple, à Rouen, près de 30 % des enfants abandonnés ne passent pas le cap de la deuxième semaine –correspondant à la mise en nourrice- et près de 70 % celui du mois.

 

Jean Sandrin note également que cette mortalité représente un revenu pour les curés des villages, l’hôpital de Reims octroie 3 lires 2 sous avec le suaire en 1780, somme réduite à 25 sols en 1785 vu

le trop grand nombre de décès.

Cette diminution importante de la part rétributive offerte aux curés a eu pour conséquence que les curés sont devenus réticents à propos du certificat indispensable au métier de nourrice et ce « sur la trop petite rétribution qu’ils obtiennent pour les enterrements des enfants » (Tenon).

 

Arrivé à l’âge de travailler –vers 10/12 ans au XIXème siècle– l’enfant continue le plus souvent à vivre dans sa famille d’accueil ; il est le plus souvent « gagé » dans des exploitations agricoles jusqu’à sa majorité ou bien est mis en apprentissage chez un artisan ou un commerçant.

 

C’est vers l’âge de 25 ans que les enfants trouvés cessent d’être à la charge de l’Hôpital. Généralement, ceux qui ont été placés à la campagne y restent et devienne manouvriers ou domestiques. C’est le cas de Nicolas Louis CLERGÉ qui, à la naissance de son premier enfant, se déclare manouvrier.

LA LIGNEE Nicolas Louis CLERGÉ

Nicolas Louis CLERGET s’est marié à Bus-les-Artois (80) avec Marie Rose Amélie REVEILLON le 20 Frimaire an 11 ou11 décembre  1802. Les deux époux n’ont pas signé leur acte de mariage ne sachant pas signer.

 

Ensembles, ils ont eu 5 garçons et deux filles :

  • Pierre Adrien Nicolas CLERGÉ né le 14 juillet 1803 à Bus-les-Artois.
  • Marie Adélaïde CLERGÉ née le 27 juillet 1805 à 3 heures du matin, à Bus-les-Artois.
  • Henri Alexandre CLERGÉ né le 15 juillet 1807 à 6 heures du matin, à Bus-les-Artois.
  • Pierre François CLERGÉ né le 9 mars 1812 à 5 heures du matin, à Bus-les-Artois.
  • Jean Baptiste CLERGÉ (CLAIGÉ) le 6 mai 1815 à Bus-les-Artois.
  • Nicolas CLERGÉ né le 26 juin 1817 à 6 heures du matin, à Bus-les-Artois.
  • Marie Rose CLERGÉ née le 4 décembre 1822 à une heure du matin, à Bus-les-Artois.

 

Marie Adélaïde est décédée en bas âge.

Henri Alexandre s’est fait appeler « L’Empereur » et ai devenu bonnetier ; il s’est marié en 1831 avec Philippine, Bernardine, ALEXANDRE, fileuse puis ménagère.

Nicolas CLERGÉ, bonnetier puis badestamier (bonnetier fabriquant des bas en estame ou grosse laine) s’est marié en 1838 avec Geneviève Louise PLÉ, fileuse puis manouvrière. Ils ont eu 4 enfants.

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