Les ballons montés et les boules de moulins

Le siège de Paris

Le 19 septembre 1870  PARIS  est encerclée par les troupes prussiennes. La ville est bombardée chaque jour. Les hommes valides, sous le commandement de Gambetta sont enrôlés pour desserrer le blocus qui va durer 5 mois dans le froid et la faim et ce malgré les différentes tentatives de sortie des Parisiens.

La France capitule le 28 janvier 1871

Depuis le 18 septembre, PARIS est totalement encerclée par les armées allemandes et toutes les communications avec la province sont coupées.

  • Plus de train
  • Plus de télégraphe

Le franchissement des lignes ennemies est trop périlleux ou impossible.

Impossible  pour le Gouvernement de la Défense Nationale d’expédier des dépêches ou d’en recevoir.

Impossible également pour les citoyens d’envoyer du courrier aux parents ou aux proches.

Un décret du 26 septembre 1870 met en place un service de courrier postal.

Lettres, dépêches et journaux sont expédiés au-delà des lignes « prussiennes » par  « Ballons montés »

  • 1 L’administration des postes est autorisée à expédier par la voie d’aérostats montés les lettres ordinaires à destination de la France, de l’Algérie et de l’étranger.
  • 2 Le poids des lettres ne pourra dépasser 4 grammes. La taxe à percevoir pour le transport de ces lettres reste fixée à 20 grammes.

L’affranchissement est obligatoire

  • 3 Le Ministre de Finances est chargé de l’exécution du présent décret.

 

Un second décret du même jour autorise les transports par ballons libres et non montés de cartes-réponses : En papier vélin du poids de 3 grammes au maximum, 11cm de long sur 7 cm de larges. Ces cartes ne devront pas comporter de « renseignements de nature à être utilisés par l’ennemi »

 

70 ballons montés quitteront Paris avec des fortunes diverses.

Ces ballons emporteront 60 000 messages soit au total 3 millions de missives.

Quelques tentatives pour regagner la capitale par ballons se solderont par des échecs.

Les départs

Les départs se feront aux 4 principaux « Ports de ballons » à

  • La gare de l’Est
  • La gare d’Orléans (Palais d’Orsay)
  • La place Saint-Pierre à Montmartre
  • La gare du Nord

Au cours du siège il y en aura d’autres.

Le vol

D’une manière générale, les ballons s’élèvent très vite à une hauteur telle que les balles des tirs « des soldats allemands »  ne peuvent pas les atteindre.

 

Tout ne se passe pas aussi facilement, il faut souvent réagir très vite, ainsi le 12 novembre 1870 deux ballons partis en même temps, le Niepce et le Daguerre sont  accueillis au dessus de lignes prussiennes par « une vive fusillade ».

Les balles sifflaient, le Daguerre  atteint  malgré une hauteur de huit cents mètres tomba sur le mur d’une ferme.

 

Les allemands vont mettre au point un canon premier modèle de DCA, spécialement conçu contre les ballons-poste, mais il ne sera mis en service qu’après l’armistice.

 

Prendre terre

L’atterrissage est parfois périlleux. Pour certains celui-ci est accompagné d’un grand fracas. La nacelle est parfois  jetée dans les arbres et le ballon étant intact il veut remonter mais est retenu par les arbres. Il continu parfois son parcours en démolissant tout ce qu’il rencontre. Certains aérostiers s’en sortiront indemnes,  mais ce n’est pas toujours le cas.

 

Résultats

Tous ne reparaitront pas :

            Partis le 28 novembre à 11h  le Jacquard, piloté par un marin Alexandre Prince à disparu. Il aurait été aperçu survolant Land’s End en Cornouaille anglaise puis au-dessus des Scilly dans la journée du 29.

Survolant les côtes il jette un sac de courrier qui sera retrouvé au pied de la falaise de Cap Lizard.

            Un autre aérostat le Richard wallace, piloté par Émile Lacaze, disparaitra aussi en mer au large de la Rochelle

            Pour quelques autres ils seront capturés au bout du voyage.

                        Le Bretagne tombe à Verdun

                        Le Galilée tombe à Chartres

                        Le Daguerre tombe à Ferrières

                        Le Ville de Paris tombe à Wetzlar en Prusse

                        Le Général Chanzy  tombe quant à lui à Rottemberg en Bavière

Le voyage le plus extraordinaire

Le voyage le plus extraordinaire sera celui du Ville d’Orléans. Parti de Paris le 26 novembre à 23h40, il atterrira le lendemain à 14h30 à Lifjeld près de Seljord en Norvège, après un trajet de 1250 km  dont près de 800 au-dessus de la mer.

            Une stèle, toujours signalée dans les guides touristiques, commémore l’atterrissage des deux aérostiers français qui furent accueillis comme des héros. Ils furent fêtés dans tous les villages et villes qu’ils traversèrent en Norvège au cours de leur voyage de retour vers la France.   

Départ de Gambetta

Départ de « Armand Barbes » et du « George Sand »

De 7 octobre 1870

 

Les 2 aérostats libérés l’un après l’autre par les sacramentels « Lâchez tout » s’élèvent au dessus de la place au milieu d’une clameur immense.

 

Le ballon ne se maintint pas à une hauteur suffisante et subit une slave de coups de fusils.

 

Mal conduit par un aéronaute ignorant qui provoqua un accident de soupape, le ballon après une descente forcée finit sa course dans « les hautes branches d’un chêne », il y reste suspendu, et se trouve près des lignes prussiennes.

C’est l’arrivée rapide de paysans qui permit à « Gambetta » de s’enfuir, évitant ainsi d’être fait prisonnier.

Ayant pris terre près de Montdidier, il se dirigera d’abord vers Amiens et arrivera le 9 octobre à Tours

Les boules de moulins

Un autre moyen proposé par Émile Robert pour continuer à communiquer avec la province est également mis en place.

Les boules de moulins

Très judicieux, le projet présente toutes les chances de réussite.

C’est une sphère creuse en zinc, munie de douze ailettes,    d’environ  20 cm de diamètre, d’un poids légèrement supérieur à celui de l’eau, capable d’emmagasiner 500 à 700 lettres et de se mouvoir dans une rivière emportée par le courant.

Aux deux extrémités se trouvent obturées deux cavités remplies d’air pour le lestage, les douze ailettes jouant le même rôle que les aubes sur les roues des moulins à eau.

Sur la face oblongue se trouve une ouverture que l’on soude au dernier moment avant la mise à l’eau après y avoir inséré une « feuille de route ».

(Cette boule fermée au moyen de la soudure et rendue imperméable à l’eau devait être lestée de façon que sa pesanteur fut d’un milligramme seulement supérieur au poids spécifique de l’eau. Ainsi lestée, cette boule s’appuie légèrement sur le lit du fleuve et roule, emportée par le courant)

L'histoire du repechage

55 boules furent immergées, la première fut repêchée le 6 mars 1871 aux Andelys. Et bien autres ensuite.

            Les années passèrent …. !

 

            En 1942, c’est un scaphandrier qui remonte l’une des boules au pont de Fer de Melun

            En 1951, c’est un groupe d’enfants de Bazoches-les-Bray qui découvre dans les roseaux une autre boule.

            En 1968 le 6 Août Mr Le Grevellec, ouvrier dragueur remonte avec son engin une « Boule de Moulin » Celle-ci deviendra célèbre dans les annales judiciaires : A qui appartient la Boule ?

La poste publiera la liste des lettres contenues dans cette boule avec noms et adresses et, plus de 100 ans plus tard, distribuera « Le courrier » aux descendants et « ayant droit » de quelques familles.

 

            Les efforts n’ont pas été vains et l’invention est une fabuleuse histoire que nous pouvons raconter encore à nos enfants. Pour preuve :

 

            En 1982 le 14 avril c’est Jacques Duval de Vatteville-la-rue qui découvre une autre boule et une nouvelle distribution à lieu 111ans plus tard 

            Il reste une vingtaine de « Boules » enlisées au fond de la seine.

A QUAND LA PROCHAINE DECOUVERTE ?

 

Les Pigeongrammes

Dans le sens « Province-Paris » on essaya les pigeons-voyageurs

Sur les 407 pigeons ayant quitté Paris (par ballon) 73 seulement furent de retour.

            C’est 73 oiseaux véhiculèrent 95642 dépêches soit en moyenne 1310 par animal à 50centimes-Or le mot. 60000 parvinrent à Paris.

C’est grâce à M. Dagronallait spécialiste en microphotographie (précurseur du microfilm) que l’on pu réduire des dizaines de milliers de dépêches.

Les ballons des Gravilliers

Alfred Roseleur habite 23 rue des Gravilliers

 

            Dès le début du siège, Alfred Roseleur écrit régulièrement deux lettres à Léonie (presque tous les jours). La première lettre est postée normalement et voyage par Ballon Monté. N’ayant pas trop confiance en ce nouveau système de communication, il décide d’employer un moyen personnel : il affranchit la deuxième lettre d’un 20 centimes et inscrit au recto la mention « A remettre à la Poste de France », gonfle un petit ballon d’enfant et laisse s’envoler l’ensemble à partir de son balcon.

Sur tous les « Ballons Gravilliers » connus, un fut trouvé par les Prussiens : le 54e Ballon  du13 novembre 1870 et le texte fut publié dans le Times du 22 novembre 1870

LISTE DES BALLONS MONTÉS

Noms et date de départ

Archimède 31 21/11/1870

Armand Barbès 6 07/10/1870

Armée de Bretagne 39 05/12/1870

Armée de La Loire 53 31/12/1870

Bataille de Paris 36 01/12/1870

Bayard 52 29/12/1870

Bretagne 20 27/10/1870

Céleste 4 30/09/1870

Colonel Charras 21 29/10/1870

Daguerre 28 12/11/1870

Davy 45 18/12/1870

Délivrance 48 23/12/1870

Denis Papin 40 07/12/1870

Duquesne 55 09/01/1871

Égalité 32 24/11/1870

États-Unis 3 29/09/1870

Ferdinand Flocon 23 04/11/1870

Franklin 38 05/12/1870

Fulton 22 02/11/1870

Galilée 24 04/11/1870

Gambetta 56 10/01/1871

Garibaldi 17 22/10/1870

Général Bourbaki 63 20/01/1871

Général Cambronne 67 28/01/1871

Général Chanzy 46 20/12/1870

Général Daumesnil 64 22/01/1871

Général Faidherbe 59 13/01/1871

Général Renault 41 11/12/1870

Général Uhrich 30 18/11/1870

George Sand 7 07/10/1870

Gironde 27 08/11/1870

Godefroy Cavaignac 11 14/10/1870

Gutenberg 44 17/12/1870

Jacquard 34 28/11/1870

Jean Bart n°1 12 14/10/1870

Jean Bart n°2 14 16/10/1870

Jules Favre n°1 13 16/10/1870

Jules Favre n°2 35 30/11/1870

Kepler 57 11/01/1871

Lafayette 16 19/10/1870

Lavoisier 47 22/12/1870

Louis Blanc 10 12/10/1870

Merlin de Douai 51 27/12/1870

Monge 58 13/01/1871

Montgolfier 18 25/10/1870

Neptune 1 23/09/1870

Newton 54 04/01/1871

Niepce 29 12/11/1870

Non dénommé n°1 5 30/09/1870

Non dénommé n°2 8 07/10/1870

Non dénommé n°3 26 07/11/1870

Parmentier 43 17/12/1870

Piper n°1 8 07/10/1870         

Piper n°2 26 07/11/1870

Poste de Paris 62 18/01/1871

République Universelle 16 19/10/1870

Richard Wallace 66 27/01/1871

Rouget de Lisle 49 24/12/1870

Steenackers 61 16/01/1871

Torricelli 65 24/01/1871

Tourville 50 27/12/1870

Vauban 19 27/10/1870

Vaucanson 60 15/01/1871

Victor Hugo 15 18/10/1870

Ville de Châteaudun 25 06/11/1870

Ville de Florence 2 25/09/1870

Ville de Paris 42 15/12/1870

Ville d’Orléans 33 24/11/1870

Volta 37 02/12/1870

Washington 9 12/10/1870

Sources : Wikipédia , Marcophilie.org,Agoravox.fr