Le comte Louis de Frotté

Pourquoi Verneuil-sur-Avre ?

Mes parents vivaient dans la région parisienne. Le hasard voulu qu’en 1936 ils s’installent  en Normandie où mon père  travailla pour un moulin à Verneuil-sur-Avre dans l’Eure.

 Je suis venue au monde dans cette commune.

Lors de mes recherches généalogiques, en remontant la branche de ma grand-mère paternelle j’ai découvert que mon Sosa 108 François Charles MONGREDIEN était né le 29/01/1795 à Verneuil-sur-Avre, et que ses parents Sulpice Charles MONGREDIEN et Marie Angélique Françoise PEROTEL s’étaient mariés dans cette commune le 10/07/1792 .

Verneuil-sur-Avre

 

A deux pas du Perche et de Paris, le Pays d’Avre, d’Eure et d’Iton est une porte historique de la Normandie.

Autrefois frontière de  défense du Duché de Normandie contre le Royaume.

 

Verneuil-sur-Avre est fondé par Henri Ier Beauclerc, fils de Guillaume le Conquérant, après la révolte des nobles de 1117-1118.

 

 Certains des principaux révoltés sont Richer de l’Aigle, Robert du Neubourg et Eustache, comte de Breteuil, tous situés autour de Verneuil.

 

 Henri Ier, une fois ces révoltés soumis, crée trois bourgs fortifiés à Verneuil-sur-Avre pour contrôler la région.

Le quartier Saint-Martin, situé au sud de l’Avre, dépendait des seigneurs du Thymerais.

 

 Ce face-à-face a donné lieu à de nombreuses confrontations entre les deux parties :

  • Siège de Verneuil, en 1173 par Louis VII de France, contre Henri II, roi d’Angleterre et duc de Normandie,
  • Bataille de Verneuil, victoire anglo-bourguignonne, le 17 août 1424,
  • Prise de Verneuil par le roi de France Charles VII à la fin de la guerre de Cent Ans, le 19 juillet 1449,

Verneuil sera alors réuni au comté du Perche.

L’Église de la Madeleine

L’Église de la Madeleine

L’une des premières images que l’on découvre de Verneuil, à des kilomètres à la ronde, c’est l’élégante silhouette de la tour de la Madeleine, dominant la ville du haut de ses 56 m.

Construite entre 1465 et 1520, c’est un chef d’œuvre  de l’architecture flamboyante, dont la décoration devient de plus en plus exubérante à mesure que la tour s’élève.

L’église de la  Madeleine abrite une riche statuaire : 

  • Une remarquable « Mise au Tombeau » polychrome du XVIe siècle,
  • une Vierge à l’Enfant du XIVe siècle,
  • une Vierge à la pomme du XVe siècle.

 On y voit enfin des vitraux remarquables, et un orgue de la fin du XVIIIe siècle

L’église fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862, et est devenue le symbole de la ville.

Verneuil fut chef-lieu de district de 1790 à 1801.

L’église de la Madeleine se trouva transformée en temple de la Raison.

Et c’est bien cette période qui nous intéresse.

Dans l’Eglise de la Madeleine se trouve le cénotaphe du Comte Louis de Frotté dit Blondel.

Voici son histoire

C’est au sein d’une famille protestante que Louis naquit le 5 août 1766, mais sa mère étant catholique il fut baptisé le même jour en l’église d’Alençon.

Le père de Louis, Henri de Frotté était le modeste sieur de la Rimbelière où de nos jours, la Rimblière à Damignyen  périphérie d’Alençon. Louis y vécut une enfance heureuse.

L’armée l’accueille en mars 1781, au sein d’un régiment prestigieux,   le

 « Colonel-Général-Infanterie », détenteur de l’insigne honneur d’escorter le roi et de marcher au feu en tête des troupes.

Louis, que son oncle autorise à se faire appeler “le Chevalier de Couterne”, est titulaire du grade de sous-lieutenant surnuméraire.

Il désire devenir le meilleur des officiers et, constatant les lacunes de son éducation, il étudie avec ardeur les sciences et les lettres.

  • 1789, son régiment stationne à Lille, il suit les événements parisiens et s’indigne de ce que subit le roi
  • 1790 le voit nommé capitaine à Dunkerque.

Ardent propagandiste auprès des officiers des régiments stationnés là, il tente en vain de les faire marcher sur Paris.

Le 20 juin 1790, Louis XVI s’échappe de Paris. Ceci est le signe d’une réaction royale tant attendue des officiers du « Colonel-Général-Infanterie ». Ils partent aussitôt pour Bruxelles, leurs troupes devant les y rejoindre.

Leurs espoirs seront rapidement déçus avec l’arrestation de la famille royale à Varennes.

Beaucoup de ces jeunes officiers, nobles de familles peu fortunées, sans solde, vont vivre là l’indigence. Peu à peu, le soutien étranger prend corps mais c’est de la France que vient la déclaration de guerre le 20 avril 1792. Frotté va y participer, parmi les 18 000 émigrés qui soutiennent les 180 000 soldats de la coalition Prusse/Autriche

Après une trêve demandée par les révolutionnaires, la reprise des hostilités aboutit le 20 août 1792 à la victoire révolutionnaire contre la coalition à Valmy.

 

Pour Louis de Frotté et son ami Antoine Philippe de la Tremoïlle, suit une période d’errance après la dissolution du corps émigré en novembre 1792.

 

A l’annonce de l’exécution du roi, le 21 janvier 1793 il rejoint en Forêt Noire les 6000 hommes du Prince de Condé.

 

C’est là que notre Normand apprendra le soulèvement de la Vendée et eut connaissance de ses premières victoires. Il ambitionne alors de porter le combat dans sa province natale.

 

 La nouvelle de la mort de la Reine (16 octobre 1793) est un nouveau choc pour lui, affermissant sa volonté de poursuivre la lutte de l’intérieur.

 

Il embarque à Ostende sur un navire anglais à destination de la Normandie.

La République, forte de cette victoire qu’elle croit définitive, semble avoir la maîtrise du terrain et elle ne permet pas au navire de Louis de le débarquer.

Louis, conscient qu’il ne peut entretenir une armée royaliste en Normandie sans l’appui britannique, se lance à l’assaut du ministère de la guerre où il est reçu par son secrétaire d’état William Windham.

Le 11 janvier 1795, il embarque pour la Normandie, avec six compagnons, un petit pécule et la promesse anglaise d’une aide financière et matérielle.

Mais des accords de paix sont signés le 20 avril 1795 entre l’intègre général Hoche pour la République et seulement une partie des chefs chouans.

Beaucoup n’y adhérent pas comme Frotté, venu combattre.

Installé au château de Flers où il bénéficie de la bienveillante hospitalité du marquis et de la marquise d’Ango, Frotté, va profiter de cette situation de trêve pour sillonner son territoire et organiser sa chouannerie.

Elle couvrira le Cotentin, l’Avranchin, le Bocage, le Bessin, l’Houlme, la campagne de Caen, les pays d’Auge et d’Ouche, débordant sur le Maine et la Bretagne.

 

Usant pleinement de la trêve pour fédérer tous les chefs chouans, Louis commence à inquiéter la République. Le 15 mai 1795, il est arrêté une première fois à Flers avec quatre de ses officiers.

Il est relâché et,  prévenu d’une deuxième arrestation  il prend le maquis ou plus justement le bocage.

Louis, comte de Frotté, dit Blondel, est quasiment ignoré du grand public.

 

Pourtant, il est l’une des plus belles figures de « la Vendée Militaire », l’égal de l’angevin Cathelineau, du haut-poitevin La Rochejaquelein, du bas-poitevin Charette, du mainiot Jean Chouan, du breton Cadoudal.

 

Frotté n’y chouanne que cinq mois.

La rupture le 24 juin 1795 du traité de La Jaunaye par Charrette  l’oblige à rallier Londres, et ce n’est qu’en 1799, le 23 septembre, qu’il reviendra prendre la tête des « Brigands normands ».

Alors, « Général des Royalistes de Normandie« , Blondel mène une guerre impitoyable à la République ; le Premier Consul Bonaparte le considère comme un ennemi personnel.

Selon la période il disposera de 4000 à 10 000 hommes.

Irréductible, très adroit stratège et fort brave, il n’acceptera jamais, à l’inverse de nombreux chefs blancs, de traiter avec le Gouvernement de Paris: seule la Mort le vaincra.

Il est fait prisonnier par trahison à Alençon.

Le « Lion de Normandie » sera fusillé par les Bleus à

 Verneuil-sur Avre le 18 février 1800.

Les sources : – Wikipédia, – Patrimoine-normand.com, – Démocratie-royale.org