La Vierge noire

Mon trisaïeul témoin de son temps à Montbazon

Nos ancêtres, témoins de leur temps : mon arrière-arrière grand-père, Jaques DESTOUCHES, né en 1827 à Dolus-le-Sec en Touraine, est l’un d’eux.

En effet, en sa qualité de maçon, il a participé à l’édification de la statue de la Vierge Noire sur l’angle nord du donjon de Montbazon, bourgade située à 20 km de TOURS sur la Nationale 10, également célèbre avant d’être fortement délaissée au profit de l’autoroute.

Surplombant l’Indre, ce donjon médiéval fait partie des ruines du château des Comtes d’Anjou.

Le Donjon de Foulque Nerra supportant la statue de la Vierge à l’enfant (Wilkipédia.org photo par MOSSOT)

LE CHATEAU DES COMTES D’ANJOU

Foulques III Nerra, le faucon noir (970-1040), comte d’Anjou en est le bâtisseur. C’est un personnage haut en couleurs, tel qu’on peut s’imaginer un grand seigneur du Moyen Âge, alternant crimes et pénitences.

 

En vue de sa conquête de la Touraine, il fait construire un réseau de forteresses encerclant la ville de Tours (juste avant l’an mille) ; celles de Langeais et de Montbazon sont les plus anciennes (990).

Le donjon de Montbazon interdit le gué de l’Indre.

 

Il se compose d’une tour carrée dont les murs ont entre 2 m et 2,40 m d’épaisseur. Il est haut d’une vingtaine de mètres (28 m).

Les façades sud et est sont pourvues de contreforts. Il était constitué d’un rez-de-chaussée et de 3 étages.

 

Des modifications et constructions ultérieures il ne reste presque rien à l’heure actuelle :

Au XIIème, le donjon fut rehaussé, surmonté de créneaux et coiffé d’un toit à 4 pentes.

 

Au XVème siècle, transversalement sur l’esplanade au niveau de la tour ronde, le seigneur de l’époque fit construire le « Château-Neuf ».

 

Vers 1490, le domaine devint la propriété des Rohan, dont le blason est encore aujourd’hui celui de Montbazon.

"de gueules à 9 mâcles d'or

Tout comme l’église Saint Pierre de Montmartre, la hauteur du donjon a permis l’installation d’un télégraphe aérien.

Cette invention des frères Chappe consistait en un sémaphore qui, selon la position de ces bras articulés, permettait la transmission de messages sauf la nuit et par temps de brouillard. De ce fait, il disparut avec l’arrivée du télégraphe électrique (ayant fonctionné de 1823 à 1852).

Montbazon : petite ville de Touraine située sur la route d’Espagne :

 

Au milieu du XVIIIème siècle, de nouvelles routes sont construites et, pour la plupart, subsistent encore aujourd’hui. Ce sont nos routes nationales. A Montbazon, la Grande-Rue d’alors est fortement élargie ; pour ce faire, tout ce qui la longe est purement et simplement rasé pour donner place à la nouvelle route et, afin de consolider l’ensemble, une partie des remparts, tours et créneaux ainsi que le Château Neuf ont servi de matériaux de soubassement. Il ne reste alors qu’une seule porte : la porte des moulins mais le Donjon subsiste à ce progrès qu’est l’élargissement de la Grande-Rue en Nationale 10 comme il avait survécu à la Révolution.

 

Un canal est creusé dans la prairie pour dévier un bras de l’Indre entraînant la construction d’un nouveau pont.

LA VIERGE NOIRE de MONTBAZON

L’église de Montbazon, presque en ruines, fut reconstruite

sous l’impulsion de son curé, l’abbé Etienne Chauvin.

A cette occasion, les travaux de réhabilitation permirent de

trouver un souterrain menant au donjon.

Mais, l’abbé Chauvin rêvait également  d’utiliser le donjon comme support pour une statue de la vierge, patronne de la paroisse. Ce projet est relaté dans un témoignage paru le

4 novembre 1866 et retrouvé à la Société d’Archéologie de Touraine. Il y est précisé que l’abbé Chauvin s’est démené pour trouver un homme généreux en la personne de Joseph

Delaville-Leroux, riche bénévole qui acheta en 1860 les ruines du Vieux château puis a financé l’ajout d’une « ceinture » en béton à l’intérieur du donjon afin de le consolider et de

permettre ainsi l’installation d’un socle à l’angle nord-est. Si le piédestale était acquis, il convenait également d’obtenir des fonds : les offrandes furent abondantes de la part des

Montbazonnais eux-mêmes puis des riches familles des alentours, l’abbé Chauvin allant même directement solliciterl’Impératrice Eugénie qui demeurait alors dans l’un des Palais

régional de l’Empereur.

Parallèlement, le curé de Rouziers avait recueilli une statuette de la Vierge datant du Moyen Âge. Il en fit une copie en décuplant ses proportions puis il trouva un ouvrier Tourangeau, Monsieur Talibon, qui n’hésita pas à relever le challenge en reproduisant la statue agrandie en cuivre repoussé.

 

Un architecte de Tours, Monsieur Messire, dessina un socle destiné à supporter la statue au-dessus d’un des angles du donjon. Il a exigé que l’ensemble des lieux soit consolidé et a confié ce travail à Monsieur Calama, l’un des meilleurs entrepreneurs de la région pour lequel mon trisaïeul devait travailler.

La statue  représente la Vierge tenant l’Enfant Jésus dans ses bras ; elle mesure 9m30 et pèse 8 tonnes ; elle est constituée de plaques de cuivre rivées ensemble et

fut installée en grande pompe le 4 novembre 1866, l’intérieur étant remplie aux 2/3 de pierres et de béton. La statue fut subventionnée en partie par les Monbazonnais

eux-mêmes, en partie par les riches familles alentours etenfin par l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III

En voici l’histoire :

 

En revenant des Croisades, des chevaliers chrétiens ramenèrent des prisonnières maures converties au Christianisme. L’une d’elles, se voyant remplacée dans le cœur de son seigneur par une jeune femme au teint très blanc, vint en larmes devant la statue de la Vierge dont le visage était aussi très blanc. La fille de Palestine interpella Marie et celle-ci lui répondit ! Elle était née dans le même pays que cette captive et la vraie couleur de sa peau, brune… Suite à cette apparition miraculeuse, on vénéra dans le Poitou et en Touraine la Vierge Noire.

(Tiré d’un récit de l’Association Française des Pèlerins de St-Jacques de Compostelle)

QU’EN EST-IL DES AUTRES « VIERGES NOIRES »

Le secret des Vierges Noires

 

Si elles représentent parfois Marie, la mère du Christ, ces statues sont chargées de tout autre chose. Elles prennent un sens qui dépasse la symbolique chrétienne ordinaire. Mais de quel passé nous arrivent-elles ? Et quel message alors nous apportent-elles ?

 

« On appelait « vierges » les anciennes prêtresses de la lune. À cette époque, « vierge » décrivait une femme qui n’était pas mariée ou qui n’appartenait à aucun homme – elle était une « femme qui était entière ». Le terme provient d’une racine latine qui signifie « force » ou encore « habileté » et fut plus tard associé aux hommes : « virile ».

 

Ishtar, Diana, Astarte, Isis, toutes des déesses qui furent appelées vierges, bien que cela ne faisait pas référence à leur chasteté sexuelle mais bien à leur indépendance sexuelle.

 

Toutes les grandes cultures parlent d’un héros, mythique ou historique né d’une mère vierge : Marduk, Gilgamesh, Bouddha, Osiris, Dionysos, Genghis Khan, Jésus, tous étaient le fils de la Grande Déesse, de la Déesse Originelle, et leurs pouvoirs mondains lui étaient dus.

 

Lorsque les Hébreux l’utilisaient dans la langue araméenne, ils sous-entendaient « jeune fille » et le terme était dénudé de connotations liées à la chasteté sexuelle. Lorsque les chrétiens traduisirent la bible hébraïque, ils ne pouvaient concevoir une Vierge Marie comme une femme dont la sexualité était libre et indépendante et, il va sans dire, déformèrent le sens du terme vierge afin qu’il sous-entende une sexualité pure, chaste, intouchée. » –

Gardiennes des sources sacrées

Toutes les Vierges noires sont à proximité de l’eau. Les Vierges Noires ont pris la succession des anciennes déesses sous une forme christianisée.

Lire : Eglise romanes chrétiennes ou temples gallo-romains isiaques ? Le secret des Vierges Noires.

Le Donjon et les remparts (Wilkipédia.org – photo par MOSSOT – Travail personnel, CC BY-SA 3.0, http)

En conclusion

Les vierges noires sont issues de trois sources : celtique, orientale et monastique. Mais elles ne sont qu’une des manifestations limitées dans le temps et localisée dans une aire géographique déterminée, d’un phénomène spirituel beaucoup plus vaste.

De toutes les civilisations et de toutes les grandes religions ayant du sacré la même idée et la même vision, celles qui ont vénéré à la fois la déesse-terre et le soleil ont toujours abouti, sous des formes variées, à des figurations noires comparables aux vierges noires et riches en profondeur du même impact symbolique : grecs, romains, hindous ou égyptiens, indiens précolombiens, musulmans intégrant dans leur sanctuaire le plus sacré : la pierre noire, gitans instaurant au pays du soleil, de la mer et des taureaux, le culte de Sara.

Car la grande tradition sacrée de l’humanité n’a connu de particularités régionales que dans ses formes les plus extérieures. Mais bien au-delà de ces nuances et de ces détails, ceux qui, partout et depuis la nuit des temps, savaient ou s’efforçaient de savoir, se reconnaissaient, toujours réunis, dans le langage des symboles, par une vision unique et universelles.

Tout ceci n’est qu’un petit aperçu de la richesse des symboles que l’on peut trouver en étudiant les vierges noires.

Montbazon est classé au 11124ème rang des noms de famille en France