La Source Miraculeuse de Saint Méen

Saint-Méen, du Pré-d’Auge, guérisseur de la Lèpre

 

En 1761,  le 11 janvier naissait Jean Baptiste Legrip un de mes aïeuls dans un petit village normand du Calvados.

 Le premier recensement en 1793 nous donne 998 habitants.

Les années sont passées,  la population a fluctué mais n’a jamais retrouvé ce nombre.

En 2014 nous ne retrouvons que 877 âmes.

 

 La commune est au cœur du pays d’Auge.

 

 Son bourg est à 7,5 km à l’est de Cambremer et à 8 km à l’ouest de Lisieux.

 

Un château, de jolies prairies et, située derrière l’église en plein milieu d’un champ « La fontaine miraculeuse de Saint-Méen »

 

Une petite statue de Saint-Méen est logée dans une cavité du chêne millénaire ou plutôt ce qui en reste où sont accrochés, selon une très ancienne tradition, les mouchoirs et tissus utilisés pour nettoyer les plaies avec l’eau miraculeuse.

Le château, le parc, la fontaine Saint-Méen ainsi que le chêne sont

« Site classé » depuis le 7 juin 1943

Les saints guérisseurs

Dans le Calvados nous pouvons en compter un grand nombre, tels :

  • Saint-Clair d’Hérouville.
  • Saint-Ursin de Lisieux qui préserve des fièvres.
  • Saint-Roch à Vimont qui écarte la peste et guérit des plaies.
  • Saint-Siméon et sa fontaine à Sainte-Honorine-des-Pertes.
  • Saint-Laurent de Glos et de la Pommeraye pour les brulures.
  • Saint-Hildevert de la Pommeraye pour les coliques.
  • Saint-Juste de Fervaques qui guérit les enfants de la peur.
  • Saintes-Apolline à Manerbe pour les maux de dents.

Cependant, l’un des plus connus auquel les mamans affolées par les gourmes, les acnés rebelles, les croûtes ou les pustules qui défigurent leurs chers petits, font appel, c’est : Saint-Méen.

Ce saint est vénéré au Pré-d’Auge et sa fontaine est un but de pèlerinage très fréquenté, environ 400 pèlerins viennent s’y ressourcer chaque année.

 Pour les maladies de peau, il existe un rituel à respecter : le tissu doit être trempé dans la source, le malade doit ensuite frotter son corps, et laisser le chiffon sur le vieux chêne (qui a brûlé en 1944 puis 1999). Il est dit que le mal s’en ira une fois le linge décomposé.

La légende de Saint-Méen

La légende dorée qui ne cite pas d’auteurs et ne fournit pas de preuves, affirme avec l’autorité de treize siècles de tradition ce qui suit.

Saint-Méen se trouvait à passer par le Val du Pré-d’Auge.

Fatigué d’un long voyage il s’étendit au pied d’un chêne et se reposait lorsque survinrent deux jeunes filles qui remontaient la pente portant sur leurs épaules des cruches pleines.

L’abbé les arrêta au passage et leur demanda un peu d’eau pour étancher sa soif et laver les pustules qui couvraient son visage.

L’une qui était assure-t-on, petite, laide, revêche, et sans pitié, lui tourna le dos et s’enfuit d’un air méprisant. (Nous le croyons sans peine, car la beauté est bonne).

 L’autre, de taille moyenne, svelte et distinguée comme une damoiselle, s’approcha souriante du vieillard et déposa à ses pieds sa cruche de terre. Saint-Méen remplit sa gourde et dit à la compatissante jeune fille :

 « Désormais, pour épargner vos pas, vous viendrez puiser l’eau à la source qui va jaillir ici-même sous cette chesnaie : quant à votre compagne elle est déjà atteinte de la lèpre et après avoir vainement essayé tous les remèdes elle devra venir se laver à cette source si elle veut guérir »

Et il en fut ainsi de tous points. La vertu miraculeuse de la source fut bientôt connue et depuis on n’a pas cessé d’en faire usage ni de prier

 St-Méen pour obtenir la guérison des maladies de la peau.

La vie de Saint-Méen

Saint Méen que l’on trouve ordinairement désigné sous les noms de Conard Méen, et de Saint-Méven, du latin Mevennus, naquit vers 540 d’une famille riche et noble de la province de Givent dans le South-Wales. Il était, croit-on, neveu de Saint-Magloire et de Saint-Samson par sa mère.

Il passa en Armorique et y prêcha l’Évangile avec beaucoup d’édification et de fruits.

 Le comte Caduon et Guerech Ier, comte de Vannes, l’accueillirent avec faveur et lui facilitèrent la fondation de l’abbaye de Saint-Jean Baptiste de Gaël, sur les bords de la rivière Men, au diocèse de Saint-Malo à environ 9 lieues de Rennes.

Etabli abbé vers 570 par Saint-Samson, Conard Méen maintint toujours une règle stricte parmi ses religieux : ce fut lui qui donna l’habit à Judicaël, roi de Domnonée, lorsqu’attiré par la vie monastique celui-ci quitta le monde pour se consacrer à Dieu dans sa 22e année.

L’abbé fonda un second monastère près d’Angers.

Il mourut en odeur de sainteté le 21 juin 617. Son tombeau se trouve avec celui de l’abbé de Coëtlogon, dans l’abbaye de Saint-Jean de Gaël qui s’appelle aujourd’hui abbaye de Saint-Méen.

Saint-Judicaël, roi de Domnonée régna sur la Bretagne à partir de 632.

En 636, St Eloi lui fit rencontrer à Clichy, près de Paris le roi Dagobert  pour signer un traité de paix entre Bretons et Francs.

Deux ans plus tard, il laissa son trône et se retira dans une abbaye de Saint-Méen, près de Montfort(Ille-et-Vilaine) pour finir les 20 dernières années de sa vie dans la prière

La tombe de Saint-Méen dans l’abbaye de Saint-Jean de Gaël

Du culte païen au culte chrétien des eaux

Dans son livre « Le Folklore de France », Paul Sébillot dit :

« Le culte des fontaines était solidement établi et très populaire dans les Gaules lorsque les apôtres commencèrent à y prêcher l’Evangile ; ils essayèrent de le détruire en comblant les sources ou en démolissant les petits monuments que les païens avaient élevés dessus… Mais le clergé se ressaisit vite et s’efforça de donner aux fontaines un vernis chrétien en substituant à leurs noms anciens, qui étaient peut-être ceux des divinités topiques, les noms des apôtres de la Gaule et ceux des saints locaux célèbres par leurs miracles, » sans oublier la Vierge devenue très populaire pour remplacer les déesses.

Emile Thévenot nous rappelle que le culte des eaux « sous tous ses aspects, sources, ruisseaux, rivières, lacs et mers est à la fois le plus anciennement attesté et l’un des plus généralisés qui fut en Gaule, d’où le soin minutieux que les premiers missionnaires du christianisme ont mis à intégrer et à sanctifier les sources païennes »

Dans le Nouveau Testament, les vertus purificatrices de l’eau sont associées aux miracles faits par Jésus, comme par exemple la guérison de l’aveugle-né que Jésus envoie se laver les yeux dans la piscine de Siloé, et sans oublier le baptême du Christ dans l’eau du Jourdain, et l’instauration du sacrement du baptême, par l’eau qui lave le baptisé du péché originel.

Les sources sacrées et miraculeuses ont très nombreuses en France, on pourrait en dénombrer 2000. Nombreuses en Bretagne mais aussi dans le Quercy, le Béarn, les Landes, le Berry, la Savoie, la Lorraine, les Vosges, le Morvan, etc.

Les ethnologues classent les fontaines en trois catégories :

  • Fontaines à action préventive
  • Fontaines à action thérapeutique
  • Fontaines oraculaires

Ces dernières sont très visitées car l’homme s’interroge sur son avenir, comme,  les naissances à venir, les mariages avec le gage de fidélité dans le couple, les absences, les procès, les maladies graves et la mort très présente dans l’imaginaire.

On consulte le saint de la fontaine en respectant scrupuleusement un rituel local très précis, remontant là aussi à la nuit des temps.

 

 

Les sources : – Les oratoires.asso.fr ,- Bmlisieux.com, – Actu.fr/danslepaysd’auge, – Wikipédia